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Homo-Cassand 2 :
Série Black

 

Mon roman préféré,  l'humour y est plus fort que la mort... 
Cy-libris m'avait fait un nouveau bonheur : sa ré-édition avec une couverture... sublime, non ?
Encore un nouveau bonheur que me font cette fois les éditions gays et lesbiennes...
Sortie dans les librairies en 2008.

Cela aurait pu s'appeler les trois moustiquaires... ce sera Homo-Cassand 2, deuxième histoire de la série policière gay qui se déroule dans des univers impitoyables... 


L'illustration était une photo géniale d'Howard Roffman...
Mais n'oubliez pas de lire les extraits de Série Black... et un chapitre complet en bas de cette page...

L'histoire...

 

Fervent adepte des « petits comprimés aux couleurs pastel », Thierry Romain est de son propre aveu un être vil et veule. Pour autant, comment ne pas compatir à son désarroi quand il ne sait même plus si c’est bien lui qui a assassiné son amant et la femme de celui-ci.

En attendant de répondre à cette question, Thierry décide de se mettre au vert et de filer en Afrique rejoindre un de ses ex, installé au Congo. Mais quand la poisse se met de la partie, il n’est pas si facile de lui échapper, et Thierry débarque au beau milieu d’un jeu de massacre dont il devient le principal suspect. Dans un village coupé du monde par une tempête, il lui faut d’urgence mener son enquête pour découvrir qui décime méthodiquement la population locale. Pas si simple quand on ignore si l’on est la prochaine victime ou le meurtrier… 

 

Critique de l'éditeur...

Dans son premier roman, La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie, Philippe Cassand décrivait et égratignait joyeusement le milieu gay parisien. Il s’attaque cette fois à un autre univers qu’il connaît bien: les communautés de Blancs dans une Afrique encore mal remise de la colonisation.  

Mais si le décor a changé, on retrouve les qualités qu’on avait appréciées dans son précédent opus : un sens aigu du récit, une solide intrigue policière, et un anti-héros jubilatoirement velléitaire et médiocre.

 

 

Critique dans La Référence

 

Série black pour Philippe Cassand
par Pierre Salducci

Philippe Cassand n’a rien à envier aux auteurs américains qui se sont appropriés le genre du roman policier gay depuis plusieurs années déjà. Avec Série black, il nous entraîne aux fins fonds de l’Afrique dans un polar passionnant aux nombreux rebondissements.

L’histoire de Série black commence en France, alors que notre héros, Thierry Romain, se retrouve mêlé du jour au lendemain à un imbroglio policier qui lui fait craindre le pire. Doutant de l’efficacité de l’enquête, il décide d’aller se mettre au vert en Afrique en attendant des jours meilleurs. Mais voici qu’au lieu de trouver le calme tant espéré, ses affaires ne feront que se compliquer d'avantage.
Philippe Cassand a le don de créer une intrigue captivante en quelques pages. Doté d’un humour sarcastique et d’un sens de l’observation remarquable, il nous fait découvrir une Afrique torride et sensuelle à laquelle nos livres d’histoire ne nous ont pas habitué. Son roman est particulièrement documenté et c’est avec un intérêt sans cesse redoublé qu’on découvre ce petit monde de blancs perdus dans un Congo encore marqué par les traces de la colonisation.
Le Congo de Philippe Cassand est peuplé de beaux Africains sympathiques aux corps musclés, aux dents blanches et au sourire éclatant, mais aussi de sbires inquiétants voués aux pires complots politiques. La nature est à la fois luxuriante et inquiétante, aussi redoutable parfois que ceux qui l’habitent et tentent de la dominer. On apprend beaucoup et on voyage tant dans le passé que dans le présent, au fil d’un récit qui conjugue l’histoire officielle et l’imagination débridée de l’auteur.
Écrit dans un style resserré et efficace, Série black nous emporte dans une série de crimes et délits qui tiennent le lecteur en haleine dès la première page jusqu’aux dernières. On n’en finit plus de passer de surprise en surprise jusqu’à un dénouement aux ramifications tentaculaires et tout à fait impossible à deviner. Une lecture à la fois instructive et divertissante dont un des plus grands mérites est de nous plonger dans une Afrique jusqu’alors très peu explorée par la littérature gay. Un livre qui fait rêver et donne envie de voyager...

Philippe Cassand, Série black, éditions Cylibris, 2003, 254 pages, 17 euros.

 

 

 

Extraits... 

 

Je suis un être vil et veule. Mais, à ma décharge, j’attire les emmerdes ; et là, on peut dire que c’en étaient, et des grosses.

 

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Il ne me restait que des souvenirs par bribes : des motos, des crânes rasés ou casqués, je sais plus, une voiture en flammes, un corps carbonisé, une petite fille qui me reconnaissait et qui criait.

 

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Le steward apparut poussant un chariot de boissons rafraîchissantes. Hard luck ! Vraiment pas de chance, je l’avais tronché toute une nuit, six mois plus tôt.

 

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– N’oublie pas ce que disait André Gide, ton compatriote : plus le Blanc est stupide, et plus il prend le Noir pour un imbécile... 

Une bonne leçon de civilisation et d’humilité que j’avalai avec le même bonheur que le morceau de buffle que je mâchonnais en vain depuis dix minutes.

 

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Je me rendis l’après-midi même chez le docteur Aboukimatoumi (en l’écrivant, j’ai comme un furieux doute sur le nom) qui me vaccina. C’était un chercheur et il me fit visiter avec fierté son laboratoire.

– Ici, mon cher ami, nous faisons des cultures de parasites. Regardez ces trois bacs, là, regardez comme ça grouille sous les trois moustiquaires.

 

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C’est ainsi que l’archevêque de Brazzaville fut enterré vivant. Le vieil homme n’opposa qu’une résistance symbolique. Il pria pour le salut de ces hommes lorsque les premières pelletées de terre lui recouvrirent le visage.

Affaibli par le manque d’oxygène, il s’évanouit lorsque les premiers insectes lui pénétrèrent dans le nez et les oreilles.

 

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Nous avions tous les deux strictement le même âge et un univers mental très proche.

Nous avions tous deux eu peur de la même chose. Avant…

Il était revenu vêtu seulement d’une cape noire et d’un masque de Belphégor.

 

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Les habitants de Matala avaient vu une boule de feu s’écraser dans la forêt et avaient découvert au fond du gouffre un enchevêtrement de poutres, de palmiers et de pylônes. Les forces de la forêt avaient toutefois épargné aux hommes une catastrophe bien plus grande puisque le train de Loubomo était arrivé deux minutes plus tard et avait eu le temps de s’arrêter vingt mètres avant le gouffre.

 

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En effet dans la main crispée de la victime se trouvait un bulletin froissé et ensanglanté. Marelles écarta délicatement les doigts du cadavre et lut avidement la courte inscription griffonnée dessus. Puis il l’énonça en faisant soigneusement résonner chaque mot : « 1959, ordure, tu vas payer... » 

 

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La jeep démarra dans un nuage de poussière rouge, l’ingénieur en chef donna un dernier coup d’œil dans le rétroviseur. Sur le visage du rapace, il crut deviner comme un sourire sardonique. Mais il était trop tard, il ne pouvait plus reculer sans perdre la face devant le personnel de la mine. Il fallait faire ce dernier convoi....

 

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Dans la pénombre, sous la lumière vacillante de la lampe à pétrole, Clotaire aperçut quelque chose. Incapable d’articuler une seule parole, il désigna du doigt ce qu’il voyait : la main sanguinolente…

 

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La nuit équatoriale était langoureuse, moite, obsédante; après une telle soirée, je ne pouvais trouver le sommeil et j’eus envie de dormir aux côtés de Max pour un moment platonique et tendre, une parenthèse de retrouvailles. J’étais un peu saturé d’obscénité et de violence. Pourtant j’avais conscience d’aimer cela.

 

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Je ressentis un violent désir. J’eus comme une hallucination, je baisais Antonio comme une bête sauvage et je lui défonçais la gueule après. Il me suppliait de lui laisser la vie sauve. Après cela je foutais le feu à la bicoque…

– Bonjour Antonio, quelle bonne surprise…

 

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Il ne savait plus trop quoi penser mais avait l’intuition qu’étant donné le terrible stress que la société causait aux gays, il n’était pas impossible que les plus fragiles disjonctent à l’occase.

 

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Les insectes attaqueraient par le nez, les oreilles et la bouche sans qu’il puisse faire le moindre geste. Il réaliserait ce qui lui arrivait, et perdrait connaissance de terreur. À moins qu’il reste conscient, jusqu’à ce que les fourmis aient atteint un organe vital.

En quelques heures, son corps se retrouverait à l’état de squelette.

 

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Jean-Michel.

Peut-être que cet homme aurait pu me faire tout oublier, me soigner de mes obsessions, me laver de…

Je lui souris. C’était dur. C’était cruel. Mais c’était bon.

Comme un perroquet cloué sur une porte.

 

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Clotaire fut retrouvé peu après au milieu de la piste avec la tête éclatée comme une pastèque. Seuls les rares gorilles rescapés du braconnage avaient été les témoins de cette mise à mort.

 

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Il a l'air désespéré pour moi, déçu pour son petit cul et soulagé pour sa carte bleue. C'est trop con. Maudites gélules roses et blanches !

 

 

Un chapitre entier...

 

 

Paris, 5 juin 1989, fin de journée.

 

La situation effroyable dans laquelle la fatalité et la malchance m’avaient placé – car il était impossible que la police n’arrive pas jusqu’à moi en quelques heures – imposaient ma mise au vert pour un temps certain. L’idée géniale de partir au Congo m’était venue grâce à mon pote Serge Bonneuil.

Et à mon agenda.

Je l’avais quitté précipitamment. On ne pouvait, en effet, trouver plus vert que la forêt équatoriale profonde. Apaiser mon esprit tout en me faisant oublier. Hélas, peu après mon arrivée devait se jouer un drame humain digne des tragédies antiques. Mais je vais trop vite ; chaque drame en son temps.

Pourquoi partir au Congo ?

Le choc « Max », bien sûr, comment n’y avais-je pas pensé avant ? Pour l’orchestration de la fuite : pas eu le temps de cogiter pendant des heures, l’option pour une terre vierge où la police française ne viendrait pas me chercher était géniale. J’avais besoin d’une planque, d’un endroit perdu mais où quelqu’un m’aiderait. Il n’y avait alors qu’une solution : Tsimbâh, au Congo, un petit village perdu dans la forêt équatoriale. Max Tanguy vivait là-bas et m’écrivait de temps en temps en souvenir de mémorables et bouillants plans culs.

Rien que son nom était bandant.

Je l’avais connu au Grand ou au Petit Palais, je les confonds toujours, et notre fusion avait été immédiate. Il avait de gros atouts et atours, une beauté spectaculaire comme la mienne. C’est peut-être pour cela qu’il me plaisait autant. Je veux dire que ce qui était excitant c’était l’effet miroir. Il étudiait l’histoire et la psychologie lorsque ses activités politico-syndicalo-associatives lui en laissaient le loisir. Je me satisfaisais quant à moi de vulgaires études de droit, qui pouvaient plus sûrement me procurer le confort matériel auquel j’aspirais. Max Tanguy était d’origine allemande : son père était un riche industriel, « un marchand de canons ? », murmurait-on sans aménité dans son entourage trotskiste... Un type superbe et prodigieusement intelligent quoiqu’un chouïa « dérangé », il avait mené des études brillantes sans efforts, alors que moi, je poussais péniblement jusqu’à la licence de droit, non sans m’y être repris à plusieurs fois, et sans obtenir, in fine, le diplôme. Mais Max ne pouvait supporter longtemps l’idée d’avoir sa vie fixée d’avance. Après notre idylle mouvementée, terminée en eau de boudin prématurément, comme toutes les histoires fusionnelles, il avait décidé de partir faire le tour du monde. Sa fortune lui avait permis de vivre partout. Enrôlé de force dans une secte américaine, il était parvenu à s’enfuir pour finalement se fixer au Congo, après un périple mondial de plusieurs mois.

Tout ça, Max me le racontait dans les lettres et les cartes postales qui venaient d’endroits impossibles, du monde entier. Il me disait que c’était bien d’être restés amis. Enfin, ça nous ferait drôle de nous revoir.

Tsimbâh, République Populaire du Congo, un nom que l’on ne pouvait oublier tellement il était exotique.

Impossible de le prévenir. Juste le temps de me rendre à l’aéroport sans repasser chez moi pour prendre quelques affaires ; la police m’y attendait peut-être déjà.

Il fallait faire vite !

Je gagnais Bruxelles et passais sans encombre la frontière intérieure européenne. Un vol régulier de la SABENA, Bruxelles-Brazzaville-Johannesburg, me conduirait vers mon refuge. Miraculeusement, trois heures après ma fuite de Paris, je décollais de Bruxelles dans un Boeing 747, peuplé d’un assortiment de passagers hétéroclites.

Un premier lot, qui descendait vraisemblablement à Brazzaville, pour l’essentiel des Noirs bien habillés, des femmes très belles en boubous de soirée. Un deuxième lot : des Blancs, avec des yeux bleus insolents et des certitudes à couper au couteau. Les deux groupes mélangés dans l’avion par le hasard des réservations se côtoyaient néanmoins dans un mépris souverain, comme dans une zone frontalière neutre.

Au milieu de tous ces Congolais, ces Zaïrois, ces Sud-Africains, se trouvait ma catastrophique petite personne accablée par un destin d’une pointure beaucoup trop grande. Plus difficile de sauver sa peau que de faire de petits voyages pépères en Suisse ! Mal rasé et hagard, muni en tout et pour tout de mon passeport et de mon trousseau de clefs, je priais pour que l’issue ne soit pas trop dramatique. Bouée de sauvetage : 1800 francs, le maximum que j’avais pu retirer à la gare, avec ma carte de crédit.

Le steward apparut poussant un chariot de boissons rafraîchissantes. Hard luck ! Vraiment pas de chance, je l’avais tronché toute une nuit, six mois plus tôt.

Renversement de chance, il n’avait visiblement gardé aucun souvenir de mon passage. Il faut dire qu’il avait déjà les idées larges.

Je me serais volontiers saoulé la gueule mais cela n’aurait pas été raisonnable. Il fallait que j’arrive clair à Brazzaville. Je profitai de ma lucidité temporaire pour m’enquérir innocemment des formalités douanières à l’aéroport. Je noyai le poisson en indiquant que je n’avais pas eu le temps de me procurer de visa car je devais traiter une affaire commerciale de toute première importance sous quarante-huit heures.

– Il n’y a pas besoin de visa pour les ressortissants français, mais si vous n’avez pas de certificat d’hébergement il vous faudra être patient ! 

Difficile de dissimuler mon inquiétude...

– Ils sont si tatillons... ? 

« L’hôte de l’air » sourit d’un air énigmatique et détourna la tête vers une autre travée de sièges, m’indiquant clairement que la conversation était close.

Tout ne s’annonçait pas merveilleusement : et si la police m’attendait à l’arrivée ? Je croyais que huit heures et demie de vol sans compter le temps du trajet Paris-Bruxelles et la correspondance, cela laissait largement le temps à la police de téléphoner à Interpol, ce qui montrait clairement que j’avais une bien mauvaise connaissance des circuits administratifs.

Il faisait nuit, nous avions traversé le désert et survolions le Cameroun, un steward distribua des imprimés. « Passengers to Brazzaville ? ». Mon premier formulaire à l’étranger, « à  joindre au passeport et à présenter aux autorités douanières ». Un frisson, la ligne 10 du formulaire,  « motif du voyage ». J’inscrivis  « tourisme ».

Le pilote nous invita à admirer les deux capitales Kinshasa et Brazzaville, illuminées, de chaque côté du Stanley Pool, véritable mer intérieure que formait à cet endroit, le fleuve Congo.

 

*

 

La voix du steward me sortit de ma torpeur, j’étais claqué et le pire était devant moi.  « ... La température au sol est de 42° Celsius... zéro heure trente... espérons vous revoir prochainement sur nos lignes... » 

La lourde porte de l’avion s’ouvrit : une chaleur étouffante et moite envahit instantanément l’avant de la cabine. Je descendis l’escalier et en quelques minutes, j’eus la sensation que mon jean collait à ma peau.

J’aperçus au loin, quelque peu aveuglé par l’éclairage des pistes, le bâtiment de l’aéroport international de Maya-Maya. Il ressemblait à celui d’Ajaccio mais en plus petit. À trente ans, ma seule référence exotique, c’était la Corse ! Mais une autre différence me frappa et me glaça d’horreur. Des portraits géants des héros du peuple étaient placardés sur les baies vitrées : Marx, Engels, et un militaire noir très galonné dont je ne connaissais pas le nom. Je gardais du communisme une idée très « couteau entre les dents ».

Je frissonnai; ici, on ne devait pas plaisanter avec les malfaiteurs en fuite et les autorités chargées du maintien de l’ordre ne devaient pas beaucoup s’occuper de savoir si ceux-ci étaient innocents ou avaient besoin d’un avocat. Une phrase anodine de l’hôtesse pendant le message d’au revoir me revint en mémoire : « Nous vous rappelons qu’il est formellement interdit de photographier l’aéroport... ». Adrénaline et angoisse.

En bas de la passerelle, deux militaires en treillis, kalachnikov en main, exhortaient sans ménagement les passagers à se diriger prestement vers le comptoir de l’immigration. Je cherchai un bus du regard, pas de bus ! La chaleur humide m’envahissait, l’ivresse de la fatigue me faisait tourner la tête. J’arrivai clopin-clopant au bâtiment de l’aéroport. Drôle de comité d’accueil : deux rangées de policiers scrutaient chaque passager. Un énorme flic ruisselant de sueur me dévisagea. J’étais un des seuls Blancs, et les autres Blancs n’avaient pas du tout le même look que moi. Les autres, des hommes d’affaires, à peine défaits par le voyage en business class, ne transpiraient pas la peur. C’était autre chose que la frontière franco-belge, ou même franco-suisse.

Le regard du gros flic – un gradé, et fier de l’être – revenait souvent sur moi. Peut-être n’aimait-il pas les Blancs, tout simplement ? Je découvrais la discrimination raciale.

Premier contrôle enfin, l’humidité avait gondolé mon passeport. Devant moi, une pauvre femme tentait de s’expliquer, elle était zaïroise. Ici non plus, pas facile d’émigrer. À mon tour. Le policier me jeta un œil suspect, déçu que la photo soit aussi ressemblante.

– Que venez-vous faire au Congo ? 

– Je viens voir un vieil ami, enfin non, je veux dire un copain de mon âge.

  Vous avez un certificat d’hébergement 

– Non, enfin si, mais je ne l’ai pas reçu, la poste française est lente... Enfin, les grèves, vous voyez ce que je veux dire... 

– Où allez-vous coucher 

– Je vais aller coucher chez lui, à Tsimbâh.

– Ce soir, où couchez-vous 

Mon tortionnaire commençait visiblement à s’irriter mais je ne comprenais pas où il voulait en venir.

– Je vous le dis, à Tsimbâh, je vais prendre le train, ou louer une voiture... 

Le policier me regarda stupéfait. Son visage s’éclaira et il éclata d’un rire puissant, découvrant deux rangées de dents impeccablement blanches. Il appela ses collègues pour leur faire partager le comique de mes propos.

Ce fut donc grâce à mon ignorance que je pus franchir le premier obstacle de mon effarante errance. Comment deviner que, dans ce pays, pour franchir deux cents kilomètres, il fallait trois jours ?

 

Juin 2003 - Nouvelle édition juin 2006

 
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