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La Référence fête son numéro 50 et sa 5e année

Avril 2007 - Numéro 51

Palmarès des dix meilleurs titres gays
par Pierre Salducci

Au terme d’une enquête aléatoire auprès des auteurs, éditeurs et chroniqueurs de la littérature gay, La Référence est aujourd’hui en mesure de rendre public la liste des titres qui ont été le plus souvent cités. Pour mémoire, rappelons que ce long processus consistait à solliciter l'avis d'intervenants professionnels pour connaître leur palmarès des dix meilleurs titres gays. Il n’était pas demandé que les répondants classent les livres par ordre de préférence, mais qu’ils se limitent aux ouvrages disponibles en français. Tous les genres littéraires étaient autorisés, même si la préférence devait être donnée au roman. Première du genre dans la francophonie, la consultation avait commencé en mars 2006 pour s’achever exactement un an plus tard en mars 2007. Au total, pas moins de 16 personnalités du milieu du livre ont accepté de se soumettre à ce petit exercice. Après compilation des données, les résultats obtenus réservent bien des surprises. [ voir le palmarès ]

La première grande surprise de ce classement, c’est que l’auteur (soi-disant) gay le plus plébiscité par notre jury est en fait une femme ! Il s’agit de l'académicienne franco-belge Marguerite Yourcenar. Son roman Les Mémoires d’Hadrien obtient en effet la première place du palmarès. Une position qui montre bien qu'il y a un sérieux problème de compréhension de ce qu'est un "roman gay" chez nos lecteurs puisque l' histoire des Mémoires d'Hadrien se passe du temps de l'antiquité et qu'il n'y a absolument rien de gay là-dedans. À mon sens, ce n'est même pas un roman homosexuel non plus, mais allez comprendre ! Derrière elle, deux auteurs britanniques viennent nous rappeler que les Anglais ont souvent eu une longueur d’avance sur le reste du monde en matière de défense de l’homosexualité. On trouve ainsi l’admirable Maurice de E.M. Forster, suivi de près par le très classique Portrait de Dorian Gray de Oscar Wilde. Là encore, une position surprenante pour Le Portrait de Dorian Gray puisqu'il n'est absolument pas question d'homosexualité dans ce roman d'Oscar Wilde, à l'inverse par exemple de son splendide De Profundis. Là encore, allez comprendre ! Les trois places suivantes sont occupées par des romanciers français : tout d'abord Éric Jourdan, en quatrième position avec Les Mauvais Anges, puis Jean Genet, cinquième avec Querelle de Brest, et enfin Hervé Guibert, sixième avec À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, un livre choc qui reste certainement encore aujourd’hui le roman ouvertement homosexuel qui a été le plus lu à travers la francophonie.
Dans la seconde moitié du palmarès, la septième place est occupée par La Confusion des sentiments de Stefan Zweig, unique auteur de langue allemande à figurer dans ce palmarès, ex-aequo avec Le Langage perdu des grues, de David Leavitt, premier et seul roman américain à faire partie des dix finalistes. Enfin, les deux dernières positions sont occupées par les Français Yves Navarre, avec Le Petit Galopin de nos corps, et Roger Peyrefitte avec Les Amitiés particulières.
Parmi les autres surprises de ce classement, on constate qu’aucun titre ou auteur actuel n’a réussi à se glisser dans le peloton de tête. Le plus récent de tous est Hervé Guibert qui date quand même des années 80, il y a plus de vingt ans déjà... Pour le reste, il s’agit franchement de classiques dont le plus ancien (Le Portrait de Dorian Gray) remonte quant à lui à 1890 !
Littérature gay ou littérature homosexuelle ? Le classement semble indiquer une nette préférence pour la littérature homosexuelle puisque pratiquement tous les livres retenus appartiennent à cette catégorie. Mais cela ne montre-t-il pas plutôt à quel point la littérature gay est méconnue et ignorée même par ceux qui sont censés la défendre ? En effet, aucun des grands romanciers gays actuels n’a été plébiscité et on ne peut que déplorer l’absence d’écrivains majeurs comme Guillaume Dustan, Érik Rémès, Christophe Donner, Philippe Cassand, Renaud Camus, Tony Duvert ou Jean-Paul Tapie. Du côté des Américains, il est tout à fait surprenant (et injuste ?) de noter le peu de cas qui a été fait d’Edmund White, ou la modeste performance d’auteurs célèbres comme Felice Picano, Michael Cunningham, Gore Vidal ou James Baldwin.
En revanche, il est beaucoup moins surprenant de noter que la littérature du sida même si elle a marqué les esprits ne fait guère partie des textes préférés des lecteurs. Malgré le temps, ce sujet reste dérangeant et hormis le cas de Guibert, tous ceux qui se sont illustrés dans ce genre comme Cyril Collard, Pascal de Duve ou Vincent Borel, n’ont finalement pas été mentionnés, même s'ils ont pourtant connu leur heure de gloire en leur temps. Enfin, parmi les grands oubliés notons également le romancier et essayiste Michel Tournier, qui fut pourtant pendant des années le principal chantre de l’homosexualité en France, et l’Irlandais Colm Toibin, qui a reçu le Booker Prize en 1999 et dont presque tous les livres ont été des succès internationaux, y compris le magnifique roman Histoire de la nuit.
Au final, un des premiers enseignements que l'on peut dégager de ce palmarès 2007 est l'extrême méconnaissance des lecteurs francophones de la richesse de leur littérature gay (plusieurs m'ont avoué avoir très peu lu les romanciers gays actuels d'où le caractère convenu de leur sélection), mais cela montre aussi leur peu de goût pour sortir des sentiers battus et surtout une évidence, c'est que la plupart d'entre eux se sont visiblement laissés guidés par une vision hétéro-normée de la littérature qui les a majoritairement conduit à classer des titres et des auteurs retenus et approuvés selon les critères des autres et non selon des critères qui nous seraient propres. À quand un véritable affranchissement des intellectuels homosexuels en France ? Quand apprendront-ils enfin à prendre leur distance par rapport à la vision que la majorité des autres cherche à leur imposer ? En attendant, le lavage de cerveau fonctionne bien.

 


  • Témoignages de lecteurs...

  • Tony :

Juste quelques mots pour vous féliciter. Je viens de lire votre roman "Le cheval bleu se promène sur l'horizon, deux fois", et cela a été un bon moment de plaisir. Il n'est malheureusement pas fréquent qu'un roman gay soit traité avec autant d'humour et que la trame soit aussi bien construite. J'ai désormais très envie de découvrir vos autres romans déjà écrits... en attendant ceux qui ne sont encore qu'en gestation (car j'espère que vous allez continuer avec le même talent)! Avec mes salutations. Tony


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